Dossier

Le Québec dans le verre!

Présenté par

SAQ

Ce n’était qu’une question de temps avant que le Québec ne pénètre le marché des spiritueux, qui connaît une forte ascension depuis les 10 dernières années. Aujourd’hui, tous s’entendent pour dire que les distillateurs québécois ont réussi à tirer leur épingle du jeu dans ce créneau hautement compétitif.

Nous en profitons donc pour en apprendre davantage sur les spiritueux d’ici et sur l’évolution des goûts des québécois dont est témoin la SAQ depuis les 100 dernières années!

À l’heure où l’achat local semble plus important que jamais, nous avons donc fait appel à trois experts québécois qu’on aime et qu’on estime afin qu’ils nous expliquent pourquoi et comment ajouter une touche locale à notre bar à la maison. Parce que les spiritueux d’ici n’ont rien à envier aux grandes marques d’ailleurs… loin de là!

Retour vers le futur

Véritable sommité en mixologie, Ryan Gray est un habitué de l’émission di Stasio, qu’on aime tout particulièrement pour ses connaissances approfondies en restauration et pour la finesse de ses cocktails. Au cours des 20 dernières années, le propriétaire des restaurants Nora Gray et Elena a été témoin des différentes vagues qui ont frappé le Québec et de l’évolution des goûts des Québécois en matière d’alcool et de spiritueux, et il est heureux aujourd’hui de nous faire part de ses observations.

Ryan, parle-nous de l’évolution des goûts des Québécois en matière de spiritueux…

Les Québécois étaient et sont encore aujourd’hui des gens qui consomment principalement du vin et de la bière. Au début des années 2000, les seuls cocktails que les gens commandaient dans les restaurants et les bars étaient des gin tonic et des rhum and coke. Pendant ce temps, les bars à cocktails gagnaient en popularité à New York et dans l’Ouest canadien; alors, quand on a ouvert le Nora Gray en 2011, on a décidé de mettre l’accent sur les cocktails classiques, et on s’est rendu compte que les gens aimaient vraiment cette avenue.

Qu’est-ce qui explique la popularité nouvelle de ces cocktails au Québec?

Je ne veux pas donner trop de crédit à Mad Men, mais je suis certain que cette série télé a eu un impact sur la culture cocktails. Sinon, le mouvement hipster du début des années 2000 a marqué le retour de traditions oubliées, comme le nœud papillon, le banjo et les cocktails classiques. C’est là qu’on a vu réapparaître les cocktails des années 1920 et 1930. Après la vague des cocktails artificiels et sucrés des Superclub, on pouvait enfin commander un cocktail sophistiqué à un barman qui porte la barbe longue et un nœud papillon. Bref, les hipsters ont eu une grande influence sur la popularité actuelle des cocktails au Québec, selon moi.

Existe-t-il des équivalents québécois pour tous les spiritueux?

Pour tous les spiritueux de base, oui. Mais il n’y a pas encore d’équivalent québécois à l’amaro, à la grappa ou à la téquila, par exemple. Et évidemment, on n’a pas encore de vieux scotch ou de vieux rhum 10 ans… Mais je suis certain que ça viendra!

Quelles sont les tendances cocktails du moment?

Il y a un retour des cocktails des années 1990. L’Espresso martini, par exemple, était fort populaire dans ces années-là, c’est ce que buvaient les personnages de Sex and the City, et il fait un retour en force. C’est le cocktail de l’année! Sinon, il y a de plus en plus d’intérêts pour les produits sans alcool, et je pense que ça va continuer de grossir. Les nouvelles générations font de meilleurs choix que nous, parce qu’aujourd’hui il n’y a plus de stigmatisation sur le fait de ne pas boire et qu’il y a beaucoup de produits sans alcool intéressants sur le marché.

Les coups de cœur de Ryan

Menaud Vodka et Menaud Rhubarbe. Il s’agit de superbes produits de Charlevoix qui utilisent seulement des produits locaux pour créer des versions québécoises uniques de spiritueux classiques. Et une mention spéciale à l’image de marque! (Origine Québec)

L’art de la mixologie… à la maison!

 

Les spiritueux québécois n’ont plus de secrets pour Rose Simard, qui a coécrit le livre L’apéro au Québec, un ouvrage qui fait la promotion des produits alcoolisés locaux et des artisans qui les façonnent. Il allait donc de soi que la fondatrice de 1 ou 2 Cocktails figure parmi nos experts pour discuter de l’art de la mixologie à la maison! Voici ce qu’elle avait à nous dire.

Rose, quels sont tes trucs et astuces pour concocter des cocktails qui mettent les spiritueux en valeur?

Souvent, les gens vont dire qu’ils ne boivent pas de cocktails parce que c’est trop sucré. Mais ça fait référence aux anciens cocktails des restaurants, remplis de jus concentré, de faux jus de citron et de SevenUp, qui sont des ingrédients artificiels. Le secret est d’utiliser des ingrédients frais et de qualité en tout temps. On presse le citron, on pile les fraises et, comme ça, on obtient un résultat beaucoup plus intéressant, qui se rapproche de ce qui se fait dans les bars à cocktails présentement. C’est la même chose qu’en cuisine, en fait. Un plat simple fait avec des ingrédients moches n’aura pas aussi bon goût que si on utilises des ingrédients frais de qualité.

Y a-t-il des règles de base à respecter pour faire de bons cocktails?

On part toujours des proportions d’une recette classique, puis on ajoute un ingrédient qu’on aime ou on en remplace un par un autre. On peut se fier aux aromates qui sont dans le spiritueux pour faire de bons accords. Par exemple, qu’est-ce qui est bon avec du pamplemousse? De la lime et des fines herbes!

Côté garnitures, quelle est la règle d’or?

Les garnitures ne sont pas là juste pour être cute. Elles devraient toujours apporter quelque chose au cocktail. Soit elles rappellent un ingrédient de notre cocktail, soit elles viennent en compléter le goût. Choisir un ou deux aromates, ça peut faire une belle différence, mais «less is more»… sauf dans l’univers du Tiki!

Quelle est l’importance du verre dans l’art du cocktail?

Pour moi, elle est très grande. C’est une chose à laquelle je tiens, mais on n’a pas besoin de les posséder tous. On peut très bien s’en sortir avec un verre court (Old Fashioned), un verre long (Highball), une coupette (cocktails sour avec mousse) et un verre à vin (spritz, punch, sangria).

Quels sont les accessoires indispensables dans notre bar à la maison?

Un doseur, pour mesurer les quantités. C’est essentiel, parce que tout réside dans l’équilibre des ingrédients. Un shaker, pour faire un nombre incalculable de cocktails, et une cuillère de bar longue, pour bien mélanger les ingrédients dans les verres hauts.

Quel cocktail est idéal à servir pendant une réception à la maison?

Le bar «libre-service» est une formule intéressante, qui permet de faire goûter de nouveaux spiritueux, des sirops et des tonics québécois aux invités, par exemple. C’est aussi une bonne façon de ne pas avoir à passer la soirée derrière le bar à faire des cocktails personnalisés à chacun. Sinon, les punchs sont faciles à réaliser, et pratique pour les personnes qui reçoivent, parce qu’une fois qu’il est fait, les invités se servent eux-mêmes.

Les coups de cœur de Rose

Le Gin Circa sauvage, fabriqué du grain à la bouteille. Tout est donc 100 % québécois et artisanal. C’est un excellent gin, qui rappelle les saveurs québécoises, car ce sont des aromates boréaux québécois. (Origine Québec)

L’Aperitivo Les Îles, pour faire des spritz. Il a une belle amertume, est très goûteux et pas trop cher. (Embouteillé au Québec)

À l’assaut des spiritueux locaux

 

Michel, c’est notre conseiller chouchou à la SAQ Beaubien! Celui à qui on fait confiance lorsqu’on a besoin de recommandations fiables et personnalisées. Alors, qui de mieux placé que lui pour nous parler de spiritueux québécois? Résumé de notre entretien avec le passionné (et passionnant!) Michel Beauchamp.

Quels arguments peut-on donner aux Québécois pour les convaincre d’acheter des produits locaux à la SAQ?

On dit aux enfants qu’ils doivent prendre au moins une bouchée dans leur assiette pour voir s’ils aiment ça avant de la repousser. C’est la même chose dans le cas des produits québécois : ça vaut le coup de les essayer au moins une fois. Après ça, libre à chacun de choisir; cependant, il faut leur donner une chance et contribuer à l’essor de l’économie locale.

Quelles sont les nouveautés québécoises dignes de mention sur les rayons?

Miele, un amaretto québécois, et sa version crémeuse, le Miele Crème, qui a fait fureur l’hiver dernier. Sinon, c’est le retour des boissons rétros, comme les crèmes de menthe verte, blanche et rose qu’ont lancées Les Subversifs. C’est super bien fait, beaucoup moins sucré que ce que nos parents et nos grands-parents buvaient à leur époque. Et récemment, on a reçu un limoncello québécois, fait avec des mandarines. On s’attaque à des monstres et on essaie de tirer notre épingle du jeu.

Michel, est-ce qu’on peut dire qu’il s’agit d’une minirévolution?

Le cocktail vit un grand regain de popularité depuis une dizaine d’années, mais avec l’arrivée des spiritueux québécois, ça a augmenté l’intérêt des gens. L’offre est hallucinante, surtout en matière de gins, où on a même de la difficulté à s’y retrouver, tellement il y en a. Les producteurs s’imposent aussi dans le domaine des liqueurs. Par exemple, les gens raffolent des spritz, alors une liqueur d’orange amère québécoise a été développé. Et comme les liqueurs les plus vendues sont les liqueurs à base de crème pour le café, on a fait des versions québécoises. Ça prend quand même du courage, mais les consommateurs embarquent, et ça promet.

Il existe trois appellations différentes sur les produits québécois, soit «Embouteillé au Québec», «Préparé au Québec» et «Origine Québec». Peux-tu nous en dire davantage?

Il y a une catégorie qui est faite ici à 100 % [Origine Québec], une qui veut dire que les matières premières ont été achetées en parties ailleurs, mais assemblées ici [Préparé au Québec], et l’autre que le produit est uniquement mis en bouteille ici [Embouteillé au Québec]. C’est bien indiqué sur les étiquettes en magasin, ainsi que dans la fiche des produits sur le site de la SAQ. Même s’il y a bel et bien trois catégories différentes, elles rapportent quand même toutes à l’économie québécoise; alors, c’est considéré comme un achat local.

Les coups de cœur de Michel

L’arrivée de l’Amermelade et Les Îles pour substituer l’Aperol, selon moi, c’est un coup de génie. Une réussite locale extraordinaire! (Embouteillé au Québec)

Sinon, j’ai eu un énorme coup de cœur pour le Miele Crème. C’est moins riche, moins sucré, plus fluide et la texture est belle. Je n’en reviens pas, c’est super bon et ça vient d’ici! (Embouteillé au Québec)

3 recettes pour mettre en valeur le Québec dans vos cocktails

Photo principale : Getty
Ryan Gray : Dan Climan
Cocktail café : Dmitry Dreyer – Unsplash
Michel Beauchamp : Michel Beauchamp
Cocktail menthe : Kike Salazar – Unsplash
Rose Simard : Nesrine Brikci
Cocktail Spritz : Victoria Shes – Unsplash